Interview

Rencontre avec … Sarah Seri, éducatrice spécialisée en autisme


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Travailleuse sociale passionnée et engagée depuis 11 ans, Sarah est éducatrice spécialisée en autisme. Elle nous raconte son quotidien, ce qui donne du sens à son métier et ses espoirs pour l’inclusion des personnes neuro-atypiques dans la société de demain.

Sarah Seri

Sarah Seri

Sarah, d’où t’es venue cette vocation de travailleuse sociale ?

J’ai toujours été attirée par la relation à l’autre, l’humain, c’est donc naturellement et assez jeune que j’ai fait le choix du travail social. Après 3 ans de stage qui m’ont permis de confirmer mon projet professionnel, j’ai choisi d’intégrer l’EESP devenue HETSL, la Haute Ecole de travail social et de la santé Lausanne. Le processus d’intégration de l’EESP a aussi été l’occasion de m’interroger en profondeur sur les raisons de mon choix. On décortique cette classique « envie d’aider », c’est une phase d’introspection assez profonde. J’ai réalisé que quand tu as envie d’aider, d’être utile, tu t’aides aussi souvent toi-même.

Quel est ton parcours professionnel et ta mission actuelle ?

Je suis professionnelle du travail social depuis 2012. Après 9 années en tant qu’éducatrice dans le groupe de vie Mistral à Eben-Hezer Lausanne, j’ai choisi de me spécialiser dans l’accompagnement de personnes autistes au sein de l’association Eliézer, située à Martigny dans le canton du Valais. J’ai actuellement pour mission l’accompagnement d’adolescents et d'adultes, entre 12 et 30 ans, neuro-atypiques (TSA, TDAH, HP, etc.). Au quotidien, je fais du coaching, à domicile ou sur le lieu de travail ou de formation des personnes. Le coaching peut concerner des domaines très divers : la gestion de l’énergie, l’organisation au quotidien, l’adaptation aux méthodes d’apprentissage.Hier, par exemple, je suis allée visiter un homme en stage dans un garage automobile qui souhaitait évaluer sa capacité à intégrer le marché du travail classique sur un poste de mécanicien. J’ai participé à son évaluation en lien avec un conseiller de l’assurance invalidité. Mes missions sont donc très diversifiées, je suis en itinérance permanente et assez seule lors de mes interventions.

Aujourd’hui, qu’est ce qui donne du sens et te rend fière d’exercer ton métier ?

Constater la progression des personnes que j’accompagne, les voir gagner en maturité m’apporte énormément de satisfaction. J’ai aussi un intérêt profond pour la neuro-atypie, c’est à dire les personnes qui ont un fonctionnement spécifique et une façon d'envisager le monde qui les entoure. Les accompagner au fil des mois, parfois des années est extrêmement enrichissant. Une relation de confiance s’instaure et donne parfois lieu à de beaux moments. J’ai en tête, par exemple, le parcours très douloureux d’une jeune fille que j’accompagne depuis 11 mois. Bien qu’elle ait rencontré de nombreux professionnels avant moi, le diagnostic de son autisme n’a été posé qu’assez tard, ce que je trouve grave. Avec le temps, beaucoup d’écoute et de dialogue autour de son vécu et de son ressenti, nous avons instauré une relation de qualité et j’ai l’impression aujourd’hui de lui offrir un espace sécure. Lors d’une simple balade dans la nature, elle a pu me partager sa passion des insectes, ce moment était tout simplement beau, euphorique. C’est pour des instants tels que celui-là que je sais pourquoi je me lève chaque matin !

« Il faut être déterminé à prendre soin de soi car nous sommes notre propre outil de travail. »

Selon toi, quelles sont les qualités essentielles pour être un bon travailleur social ?

Je dirai tout d’abord être déterminé à prendre soin de soi car nous sommes notre propre outil de travail. Avoir cela comme priorité. Savoir rester humble également, et au service des personnes qui ont besoin de notre accompagnement. En veillant notamment à ne pas entrer dans des luttes de pouvoir mais plutôt développer l’esprit d’entraide au sein d’une équipe de travail. Pouvoir solliciter un avis, un conseil de ses collègues est extrêmement précieux pour moi, d’autant plus que je suis la plupart du temps seule.

Quels échos positifs sur ton métier t’arrive-t-il d’entendre ?

On me dit souvent : « Ah c’est courageux ce que tu fais » ! Je le reçois comme une forme de reconnaissance, c’est encourageant.

A contrario, quels propos négatifs peuvent parfois t’agacer ?

Lorsque des affaires de maltraitance sont véhiculés dans la presse (comme à Genève récemment), cela m’agace car c’est principalement ce genre de faits négatifs qui occupent le paysage médiatique. J’aimerai aussi que toutes les belles histoires et les initiatives positives aient une audience plus large. 

Qu’est-ce qui pourrait être amélioré pour te permettre d’exercer ton métier dans de meilleures conditions ?

La formation ! Je trouve essentiel de pouvoir se former régulièrement, tout au long de sa carrière. Selon les employeurs, des jours de congés sont accordés pour se former, accompagnés parfois d’une prise en charge financière plus ou moins importante. Tout ce qui peut favoriser la formation continue des travailleurs sociaux devrait être soutenu et renforcé car c’est la qualité de l’accompagnement que l’on est en mesure de prodiguer ensuite qui est en jeu. 

« Je trouve essentiel de pouvoir se former tout au long de sa carrière. C’est la qualité de l’accompagnement que l’on est en mesure de prodiguer ensuite qui est en jeu. »

Un deuxième point que je trouve important : la supervision. Je veux parler d’un espace de débriefing avec un professionnel pour échanger sur sa pratique professionnelle, individuellement ou en groupe. Cela peut aussi avoir lieu sans l’intervention d’un·e profesion·nel·le, on parle alors d’intervision.Les personnes que j’accompagne sont amenées à me confier beaucoup de choses, parfois très dures, qui ont des résonances en moi.Lors de mon bachelor, 20 heures de supervision étaient proposées et financées, du coup j’ai développé cette culture. Cela fait partie, à mon sens, d’une certaine hygiène professionnelle, de pouvoir échanger et avoir un autre regard sur mon éthique, mes valeurs … Cela participe au fait d’être une professionnelle de qualité.

La question de la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle est aussi un enjeu majeur pour nous, travailleurs sociaux qui avons très souvent des horaires de travail atypiques et irréguliers.Lorsque je suis devenue maman, trouver un système de garde pour mes filles a parfois re-levé du parcours du combattant. Faute de place de garde dans une structure publique, j’ai dû faire appel à des mamans de jour. J’ai ensuite obtenu une place dans une crèche sur le lieu de travail de mon conjoint mais éloignée de mon domicile. Le souci majeur était que l’on me demandait des horaires réguliers. J’ai donc dû négocier un planning avec mes collègues , ce qui était source de tensions et a malheureusement été remis en cause plus tard. L’absence de solutions de garde adaptées aux personnes qui ont des horaires irréguliers comme nous est un vrai problème. Je peux parfois commencer à 6h le matin, finir à 22h le soir, je travaille parfois le week-end, aucune semaine ne se ressemble.  Aujourd’hui mes filles ont 6 et 8 ans et il y a encore des demandes que je ne peux pas satisfaire car je dois récupérer mes filles à 18h à l’UAPE.

Si tu te projettes sur les 10 prochaines années, quels sont tes souhaits /espoirs ?

J’ai des souhaits pour la société en général, qu’il y ait plus de bienveillance et de sécurité au sein des familles en général, que les parents puissent poser des cadres structurants à leurs enfants, que le harcèlement scolaire diminue. Dans un monde idéal, je souhaiterai que les travailleurs sociaux deviennent inutiles ! De manière plus générale, je milite pour une plus grande ouverture à la neurodiversité au sein de la société. Remettre en question la logique économique, que la valeur première ne soit pas l’argent. Que les personnes différentes puissent trouver leur place et faire partie intégrante de la société.

Propos recueillipar Isabelle Michalet Félix

 

Association Alumni HETSL

Le but de l'association est de rassembler les ancien·ne·s élèves de la HETSL.