Open Science

Qu’est-ce que l’Open Science ?

La science ouverte est un mouvement qui vise à rendre la recherche scientifique et les données qu'elle produit accessibles à toutes et tous. Ses deux axes principaux sont :

  1. l'Open Access, qui vise à rendre les publications scientifiques accessibles à toutes et tous, sans frais, sur internet.
    Plusieurs manières de concrétiser l'Open Access existent (voie dorée, voie verte, journaux hybrides, etc.), qui posent des enjeux différents, en matières de financement, de droit d'auteur·e ou encore d'éthique.
  2. l'Open Research Data, qui vise, lorsque cela est juridiquement et éthiquement possible, à rendre les données issues de la recherche accessibles sur des plateformes dédiées, appelées repositories.
    La nature des données partagées (retranscriptions d'entretiens pseudonymisés, réponses à des questionnaires, images, etc.) et le degré d'ouverture dépend bien entendu du type de recherche mené.

Des stratégies politiques se mettent en place, à différents niveaux, pour orienter et accompagner les changements de pratiques en lien avec l'Open Science.

En savoir plus

Le 4 septembre 2018, un groupe d'organismes nationaux de financement de la recherche, avec le soutien de la Commission européenne et du Conseil européen de la recherche (CER), a annoncé le lancement de la cOAlition S, une initiative visant à faire du libre accès intégral et immédiat aux publications de recherche une réalité.

« À partir de 2021, toutes les publications scientifiques […] devront être publiées dans des revues en libre accès, sur des plateformes en libre accès ou mises immédiatement à disposition sans embargo par le biais de dépôts en libre accès. »

Si quelques pays extra-européens (dont la Zambie, l'Afrique du Sud et la Jordanie), ainsi que plus organisations internationales (dont l'Organisation Mondiale de la Santé et la Fondation Bill&Melinda Gates) font partie du Plan S, initié par la cOAlition S, la grande majorité de ses membres sont européens.

L'Open Science est toutefois en train de devenir un standard international dans le domaine scientifique. En 2021, les 193 pays membres de l'UNESCO ont ainsi défini des standards communs pour implémenter les principes de l'Open Science.

Open Access

En 2016, swissuniversities a développé une stratégie et un plan d’action afin d’atteindre l’objectif de 100% de publications scientifiques issues de financements publics disponibles en accès libre, au plus tard en 2024.

Open Research Data

En juillet 2021, swissuniversities a publié une stratégie nationale Open Research Data, actant notamment le principe «aussi ouvert que possible, aussi protégé que nécessaire », ainsi que la reconnaissance de la nécessité de respecter la spécificité des différentes disciplines. Un plan d’action a été adopté fin 2021.

En décembre 2018, le Rectorat a adopté la stratégie Open HES⁠-⁠SO dans le sillage de la Commission européenne et de swissuniversities, en faveur de l’Open Science.

Open Access

Pourquoi l'Open Access s'est-il développé ?

Le modèle d’édition traditionnel, dans lequel les chercheur·e·s (en général leurs institutions) paient pour avoir accès aux publications fait l’objet de critiques depuis plusieurs années, principalement en raison des profits importants réalisés par les grands éditeurs (Elsevier, Wiley et Springer Nature réalisent régulièrement des bénéfices de plus de 30%).

Par ailleurs, dans le modèle par abonnement, les éditeurs empêchent un accès libre aux résultats de la recherche qui, souvent, a été financée par les contribuables et devrait donc être considérés comme un bien public. Ce système limite ainsi l'accès à la connaissance pour des personnes ou des institutions (associations, institutions académiques dans les pays du Sud) qui n'ont pas les moyens de payer des abonnements aux revues.

Face à ces critiques, le mouvement de l'Open Access s'est développé, afin de rendre les articles et ouvrages scientifiques directement accessibles en ligne, sans aucun frais pour les lecteurs et lectrices. Actuellement, le modèle traditionnel de l'édition scientifique est encore bien présent, et cohabite, voire se mélange, avec d'autres modèles apparus récemment, dans la mouvance de l'Open Access (cf. question suivante, « Quels sont les différents modèles de publication en Open Access? » ).

Quels sont les différents modèles de publication en Open Access ?

Les différentes voies de publication en Open Access :

Voie dorée (Gold) et modèles alternatifs
Article ou livre mis en libre accès sur le site de l'éditeur, dès sa publication.

Voie verte (Green)
Parallèlement à sa publication (accessible via un abonnement), l’article peut être mis à disposition dans une archive institutionnelle.

Voie hybride
Revues par abonnement où il est possible de payer des APC pour publier un article en Open Access. Ces revues sont critiquées pour leurs pratiques de « double dipping », car elles bénéficient à la fois des frais des APC et des frais d'abonnement.

Ressources

Pour plus d'informations :
Bibliothèque HETSL (les voies de l'Open Access)

Quels sont les principaux avantages à publier en Open Access ?

L'un des avantages de publier en Open Access est que cela permet aux chercheur·e·s une meilleure visibilité de leurs travaux. Il a en effet été démontré que les articles en Open Access sont plus souvent cités (voir par ex. Piwowar H., Priem J., Larivière V., Alperin J.-P., Matthias L., Norlander B., Farley A., West J., Haustein S.(2018). The state of OA: a large-scale analysis of the prevalence and impact of Open Access articles. PeerJ6:e4375, qui ont montré que les articles en Open Access ont des indices de citations 18% plus élevés, comparativement aux autres types d'articles).

Un autre argument en faveur de l'Open Access est lié à l'éthique, car cela permet un accès au savoir pour touts et tous (voir question "1. Pourquoi l'Open Access s'est-il développé?").

En lien avec ces deux principaux arguments, publier en Open Access devient une exigence pour certains bailleurs de fonds (voir question "5. Quelles sont les exigences des bailleurs de fonds en matière d'Open Access?").

Ressources

Voir le site de swissuniversities pour plus d'information

Quelles sont les principales craintes et critiques vis-à-vis de l’Open Access ?

Si les principes de l'Open Access sont largement reconnus et acceptés, certains aspects de sa mise en œuvre génèrent des craintes ou des critiques :

Droit d’auteur·e

Le fait de mettre des publications en libre accès sur internet peut faire craindre aux auteur·e·s de perdre le contrôle de leurs œuvres. En fait, dans le système de publication traditionnel, les auteur·e·s cèdent souvent leurs droits aux éditeurs, sans en avoir forcément conscience. Le système de l’Open Access vise au contraire à une meilleure protection du droit d’auteur·e, tout en garantissant une diffusion libre des productions, avec l'attribution de licences Creative Commons. Attention toutefois à bien lire les contrats et politiques des revues, notamment lorsque celles-ci ne sont pas en Open Access, afin de voir si l'auto-archivage (voie verte) est possible.
Plus plus d'informations, voir la question « Quels sont les éléments importants en termes d'Open Access dans un contrat d'édition ? »

Qualité

Les journaux en Open Access sont parfois soupçonnés d’être de moins bonne qualité. S’il est vrai qu’il existe des « journaux prédateurs », qui font de fausses promesses aux chercheur·e·s (faux processus peer review, cession des droits d‘auteur·e·s, fausses promesses de gratuité) et se font passer pour des revues prestigieuses, il existe aussi de nombreux journaux Open Access de qualité.
Des outils existent pour les identifier et vous aider à sélectionner les revues de qualité:

En cas de doute ou de question, vous pouvez aussi toujours contacter la bibliothèque.

Coûts

Le système du Gold Open Access transforme la barrière à la lecture (frais d'abonnement) en barrière à la publication (frais exigés aux auteur·e·s via les Article Processing Charges ou Book Processing Charges). Cette situation prétérite les chercheur·e·s indépendant·e·s ou celles et ceux qui se trouvent dans des institutions n'ayant pas les moyens de payer les APC ou BPC.

Actuellement, il existe trois manières de publier en Open Access sans frais pour les auteur·e·s:

Pour plus d'information sur les possibilités de financement des APC ou BPC, voir la question « Quelles sont les possibilités pour financer les frais de publications en Open Access ? »

Monographies

La proportion de livres en Open Access augmente, mais les maisons d'édition doivent encore trouver des modèles commerciaux viables à long terme.

Ressources

Quelles sont les exigences des bailleurs de fonds en matière de publication en Open Access ?

Actuellement, parmi les bailleurs de fonds des recherches menées au sein du Laboratoire de Recherche Santé-Social de la HETSL, seul le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) astreint les chercheur·e·s à publier en Open Access.

Les chercheur·e·s doivent publier les résultats des recherches financées par le FNS dans des journaux ou ouvrages en Gold Open Access, dans des revues hybrides ou par la voie verte, sur une archive institutionnelle (ArODES pour la HES-SO) avec un délai d’embargo de 6 mois maximum pour les revues et de 12 mois pour les ouvrages.

D'autres bailleurs de fonds qui ne concernent actuellement pas les recherches financées au LaReSS exigent toutefois également que les publications issues des résultats des recherches qu'ils soutiennent soient publiés en Open Access. Il s'agit par exemple d'Horizon Europe, le programme européen de recherche, ou encore des programmes BRIDGE (Proof of Concept et Discovery).

Par ailleurs, selon les principes fixés pour la période 2021-2024 par le Rectorat de la HES-SO (R 2020/26/86), le nombre de publications en Open Access (Green ou Gold) par EPT de Ra&D fait partie des indicateurs pris en compte pour la répartition des financements fédéraux entre les 6 domaines de la HES-SO.

Ressources

Plus d’information sur le site du FNS

Comment savoir si une revue pratique l'Open Access et éviter les revues prédatrices ?

Différents outils existent pour connaître les politiques des revues et identifier une revue pour publier en Open Access. Ces outils sont présentés sur le site de la bibliothèque.

Quelles sont les possibilités pour financer les frais de publication en Open Access ?

Le FNS : les chercheur·e·s qui publient un article en Gold Open Access faisant suite à une recherche financée par le FNS peuvent demander le paiement des Article Processing Charges (APC) par cette instance. Attention, les APC pour des articles dans les revues hybrides (revues par abonnement dans lesquelles on peut payer des APC pour qu'un article soit mis en Open Access) ne sont par contre pas financés!

Depuis 2021, les chercheur·e·s financé·e·s par le FNS ont reçu des accès à ChronosHub, une plateforme de dépôts d'articles en Open Access, qui permet aussi un paiement direct des APC par le FNS.

Concernant les ouvrages, le FNS finance les Book Processing Charges (BPC) de tout ouvrage ou chapitre de livre peer review, même si le contenu ne concerne pas une recherche financée par le FNS.

Les articles publiés dans des revues faisant partie des accords «Read & Publish»  peuvent être publiés en Open access sans frais pour les auteur·e·s, dans la limite des quotas annuels fixés.

Pour plus d'informations sur les accords Read&Publish et les quotas, voir le site de la bibliothèque.

Le domaine Santé finance les frais de publication en Open Access pour toute valorisation basée sur des recherches financées par une instance tierce labellisée ou par le Fonds de Recherche et Innovation de la HES-SO, de manière subsidiaire au soutien directement disponible auprès d'autres instances.
Le montant maximum financé est de CHF 2‘000 par publication.
Les demandes doivent être transmises au comité Ra&D par le secrétariat du LaReSS. Délai de dépôt: 15 octobre

Le domaine Travail social finance les frais de publication en Open Accesss de manière subsidiaire au FNS et selon les règles de cette instance (pas de financement d'articles dans des revues hybrides), jusqu‘à concurrence de CHF 5000 par publication. La demande peut être faite en tout temps. Les demandes doivent être transmises au comité Ra&D par le secrétariat du LaReSS.

Le Laboratoire de Recherche Santé-Social (LaReSS) finance les frais de publication en Open Access (article Gold Open Access, hybride, ouvrage, chapitre de livre) d'auteur·e·s de la HETSL, de manière subsidiaire aux autres sources disponibles et dans les limites du budget à disposition. Lorsqu‘il y a des co-auteur·e·s rattaché·e·s à d‘autres institutions, il est attendu que ces dernières contribuent également aux frais. La demande est à envoyer à l‘adjoint·e scientifique du LaReSS, via le formulaire Fo405, accompagné de l‘article accepté et de la facture. Les demandes sont traitées par le bureau du LaReSS.

Quels sont les éléments importants en termes d'Open Access dans un contrat d'édition ?

Les éditeurs définissent les conditions auxquelles les auteur·e·s peuvent réutiliser les articles publiés. Dans le cas d'articles publiés en Gold Open Access, une licence Creative Commons  y est généralement associée et les auteur·e·s conservent tous les droits sur leurs publications.

Pour les articles publiés dans des revues par abonnement, les conditions sont toutefois différentes et les éditeurs conservent généralement certains droits. Dans des cas extrêmes, il peut arriver que les auteur·e·s doivent même acheter leur propre article pour avoir accès à la version publiée! Il convient donc de toujours bien lire les politiques des revues et les contrats d'édition. En tant que membre d'un comité de rédaction, vous avez également un rôle important pour permettre l'Open Access. A minima, il est recommandé que l'autoarchivage (voie verte) de la version publiée de l'article soit autorisé, avec un délai d'embargo de 6 mois maximum.

Pour plus d'information sur la voie verte et le droit d'auteur·e, consulter le site de la bibliothèque.

Ressources

En cas de besoin de soutien sur ces aspects, vous pouvez contacter la bibliothèque.

Open Research Data

Quels sont les objectifs de l’Open Research Data ?

A l'origine, dans les années 1990, l'Open Research Data (ORD) était revendiquée pour des raisons démocratiques, avec l'idée que la recherche, souvent produite grâce à des fonds publics, devrait être considérée comme un bien public et que ses résultats devraient dont être accessibles à toutes et tous. Actuellement, l'ORD est plutôt devenu une exigence de certains bailleurs de fonds, poussée par des logiques managériales d'efficacité (scientifique et budgétaire).

Pour en savoir plus: Diaz P. Introduction: Archiving Qualitative Data in Practice: Ethical Feedback. Bulletin of Sociological Methodology/Bulletin de Méthodologie Sociologique. 2021;150(1):7-27. doi:10.1177/075910632199567(disponible à la bibliothèque de la HETSL)

Les arguments actuels avancés en faveur de l'ORD sont principalement les suivants :

  1. Permettre à d’autres chercheur·e·s de réutiliser des données
    Des données récoltées pour répondre à une question de recherche spécifique peuvent, dans certains cas, être ré-analysées par d’autres, afin d’éclairer une autre question de recherche, ou pour élargir un échantillon. Ceci peut notamment être utile dans des contextes de terrains saturés ou difficilement accessibles, comme par exemple dans le domaine de la santé. Cela peut aussi permettre de ne pas sursolliciter des populations vulnérables.
  2. Dans un souci de transparence, permettre à d’autres de vérifier la plausibilité des résultats
    Dans certains domaines, le partage de données de recherche permet de vérifier la reproductibilité de analyses réalisées. Si l’idée de reproduire des données ne fait souvent pas de sens dans les types de recherches menées au sein du LaReSS, la question de l'utilité d'avoir accès aux données sur lesquelles des analyses sont basées, peut quant à elle être posée.
  3. Donner à voir les coulisses des recherches
    Mettre à disposition des questionnaires, des codebooks, des retranscriptions d'entretiens, ou encore des journaux de terrain peut permettre de faire découvrir le métier de chercheur·e sous un angle qui n'est pas souvent présenté dans la littérature scientifique. Cela peut notamment avoir un intérêt dans le domaine de l'enseignement.

Quelles sont les exigences des bailleurs de fonds en matière d’Open Data?

Parmi les bailleurs de fonds actuels des recherches réalisées au sein du LaReSS, seul le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) exige le partage des données de recherche.

Pour tout projet déposé à partir d'octobre 2017, le FNS s'attend à ce que, au minimum, les données sur lesquelles se basent les publications qui en découlent soient partagées. Ces données doivent être rendues accessibles aussi rapidement que possible, mais au plus tard au moment de la publication scientifique correspondante. Il peut y avoir des exceptions ou des délais d’embargo lorsque les requérant·e·s sont lié·e·s par des clauses juridiques, éthiques, de confidentialité ou concernant les droits d'auteur·e. Les raisons empêchant le partage de données doivent être expliquées dans le Data Management Plan obligatoirement déposé avec le projet. Il peut par exemple s’agir de l'impossibilité de supprimer (sans un appauvrissement du matériel ne donnant plus de sens à le partager) des données personnelles sensibles.

Les données partagées doivent être directement et librement accessibles et déposées dans une banque de données satisfaisant aux principes FAIR (Findable, Accessible, Interoperable and Reusable).

Il est possible de demander jusqu'à 10'000 CHF au FNS pour le travail de préparation des données en vue de leur partage.

Où peut-on déposer des données de recherche ?

Le site www.re3data.org recense plus de 2’600 répertoires de données (repositories). Parmi ceux-ci, le FNS en recommande un certain nombre. Pour les domaines des recherches menées à la HETSL, FORSBase est recommandé, notamment pour l'accompagnement de spécialistes en sciences humaines et sociales. FORSBase a intégré SWISSUbase en 2021. SWISSUbase a l'avantage d'être gratuit et de proposer différentes options pour restreindre la réutilisation des données (par ex. réutilisation seulement dans le cadre de la recherche et de l'enseignement) et leur accès (possible seulement après l'autorisation du ou de la chercheur·e).

Existe-t-il des exemples de projets de recherche menés à la HETSL dans le cadre desquels des données ont été partagées ?

Les premiers projets de la HETSL financés par le FNS et soumis à l’obligation de l’Open Research Data (ORD) se termineront en 2023.
Bien avant que l'ORD ne devienne un standard dans la recherche, deux équipes de recherche avaient partagé sur FORSBase des données liées à deux recherches financées par le FNS. Ces données sont maintenant disponibles sur SWISSUbase, FORSBase ayant intégré cette nouvelle plateforme:

Plus récemment, en 2020, une équipe de recherche a obtenu un financement de la HES-SO pour partager les données liées à la recherche « Enquête auprès des enfants, des jeunes et des acteurs jeunesse ». Ces données sont disponibles sur SWISSUbase. Pierre Benz et Romaric Thiévent, qui ont préparé les données en vue de leur partage, ont par ailleurs rédigé un rapport dans lequel ils expliquent la manière dont ils ont procédé ainsi que les défis posés par le partage de données et les solutions trouvées. 

 

Quelles sont les principales critiques formulées à l'encontre de l’Open Research Data ?

L'exigence posée par certains bailleurs de fonds de partager les données des recherches financées se heurte aux réticences de chercheur·e·s qui ne voient pas l'intérêt de ces nouvelles pratiques, voire considèrent qu'elles recèlent certains risques.

Les principaux aspects par rapport auxquels il y a des débats sur la pertinence de l'Open Research Data (ORD) sont les suivants:

Pour répondre à leurs questions de recherche, les chercheur·e·s en sciences humaines et sociales s'appuient souvent sur des données à caractère personnel. Dans les recherches en lien avec le travail social et l'ergothérapie, ces données sont même généralement sensibles (par ex. données liées à la santé ou à des mesures d'aide sociale). La loi sur la protection des données impose de traiter ces données avec la plus grande précaution et interdit de les divulguer. Pour partager de telles données il faudrait les anonymiser avant, ce qui paraît souvent difficile, voire impossible, dans le cas de données qualitatives, du moins, sans leur enlever des éléments pertinents pour les comprendre et les analyser. A noter que si le partage de certaines données peut nuire à des participant·e·s, cela peut aussi concerner les chercheur·e·s, notamment dans le cas de journaux de terrains qui ont souvent un caractère intime (voir notamment ci-dessous, Bizeul, 2021).

Des données de recherche sont toujours partagées accompagnées de métadonnées, c'est-à-dire des informations permettant de comprendre le contexte de production des données. Toutefois, dans le cas de données qualitatives, et tout particulièrement d'observations notées dans des journaux de terrain, mais aussi de retranscriptions d'entretiens, il peut être difficile, voire impossible de noter tous les éléments nécessaires à l'interprétation d'une situation (par ex. des relations tissées entre le chercheur ou la chercheuse et les enquêté·e·s, des intonations de voix, des réactions non verbales, etc.).

Préparer des données en vue de leur partager exige tout un travail de préparation: par ex. nettoyage des bases de données dans le cas de données quantitatives, pseudonymisation dans le cas de transcriptions d'entretiens. Afin que les données soient compréhensibles par des personnes n'ayant pas été impliquées dans la recherche, il est aussi nécessaire de fournir des métadonnées, c'est-à-dire toute une série d'informations (plus ou moins standardisées, selon la plateforme de dépôt) sur le contexte de production des données. Toutes ces opérations sont très chronophages et nécessitent souvent également des compétences techniques particulières. Or, les équipes de recherche n'ont pas toujours le temps ni les moyens à disposition pour réaliser ces tâches.

Les exigences liées à l'ORD sont parfois considérées comme associées à une vision positiviste et managériale de la science. Les politiques des bailleurs de fonds ainsi que celles des plateformes de dépôt imposent ainsi des normes qui ne font pas toujours sens pour les communautés de chercheur·e·s. Il peut par exemple s'agir de l'exigence de représentativité des échantillons de données, qui ne fait pas de sens pour des chercheur·e·s utilisant des méthodologies qualitatives.

Ressources

  • Prise de position de la Société Suisse d’Ethnologie (SSE), sur l’Open Data
  • Diaz P. Ethics in the era of open research data: some points of reference, FORS, 2019. doi: 10.24449/FG-2019-00003.
  • Diaz P. Introduction: Archiving Qualitative Data in Practice: Ethical Feedback. Bulletin of Sociological Methodology/Bulletin de Méthodologie Sociologique. 2021;150(1):7-27. doi:10.1177/075910632199567 (disponible à la bibliothèque de la HETSL)
  • Stewart E, Shaffer M. The Ethical and Practical Challenges of Archiving Refugee Accounts: Reflections from Two Research Projects in the UK. Bulletin of Sociological Methodology/Bulletin de Méthodologie Sociologique. 2021;150(1):51-69. doi:10.1177/0759106321995707
  • Bizeul D. Faut-il tout dévoiler d’une enquête au Front national ? Réflexions sur le partage des données et le devoir éthique en sociologie. Bulletin of Sociological Methodology/Bulletin de Méthodologie Sociologique. 2021;150(1):70-105. doi:10.1177/0759106320960887 (disponible à la bibliothèque de la HETSL)