Mais pourquoi les personnes confrontées à la précarité, aux discriminations, à la migration, à l'isolement ou plus globalement à des conditions de vie dégradées sont-elles davantage exposées à la souffrance psychique ? Pourquoi les troubles psychiques sont-ils si étroitement liés aux inégalités sociales ?
La santé mentale ne se joue pas uniquement dans le cerveau et selon des considérations purement biologiques. Elle est aussi façonnée par les conditions dans lesquelles nous vivons. Les recherches sur les déterminants sociaux de la santé montrent l'influence importante des revenus, du genre, du logement, des liens sociaux, de l'emploi ou encore des expériences de discrimination. La santé mentale est profondément sociale.
Cette réalité est particulièrement visible dans le champ du psychotraumatisme. Longtemps considéré comme la conséquence d'un événement exceptionnel, le traumatisme est aujourd'hui davantage pensé à partir des contextes dans lesquels il survient. Les violences sexuelles, les parcours migratoires, la vie à la rue, dans des centres d’hébergement collectif ou certaines formes de racisme produisent des effets importants sur la santé mentale. Dans ces situations, soigner ne consiste pas seulement à traiter des symptômes : il s'agit aussi d'interroger les conditions sociales et politiques qui contribuent à produire ces traumatismes afin d'agir sur leurs causes autant que sur leurs conséquences.
Une autre évolution majeure est portée par l’approche du rétablissement.
Développée à partir de l’expérience des personnes concernées, elle invite à dépasser une vision centrée uniquement sur les symptômes pour s’intéresser aux ressources qui permettent de retrouver du pouvoir d’agir, de mener une vie satisfaisante et de participer à la vie sociale malgré d’éventuelles souffrances psychiques. Les recherches montrent l'importance de facteurs tels que le soutien social, l'accès à un logement, les activités sportives, les relations de confiance ou encore l'espoir dans les processus de rétablissement. La santé mentale n'est donc pas seulement influencée par les conditions sociales : elle peut aussi être soutenue par des interventions qui agissent sur ces dimensions. Le développement de la pair-aidance constitue l'une des illustrations les plus marquantes de cette évolution, en reconnaissant la valeur des savoirs issus de l'expérience vécue dans les parcours d'accompagnement. Dans ce prolongement, la formation de pair·e praticienne et praticien en santé mentale dispensée à la HETSL permet de valoriser ces compétences et de transmettre un savoir expérientiel au sein d'un réseau naturel et professionnel.
Cette évolution interpelle directement les métiers du travail social, mais également l'ensemble des professions du soin. Les activités menées à la HETSL, que ce soit par la recherche, la formation initiale ou continue, montrent que la santé mentale est devenue une préoccupation centrale de nombreux professionnel·les de l'accompagnement. Face à ces enjeux, il importe aujourd'hui de renforcer leur capacité à comprendre les liens entre souffrance psychique et conditions de vie, à soutenir les personnes dans leur parcours, à travailler avec les réseaux de soins, à reconnaître les savoirs expérientiels et à développer des pratiques attentives à la dimension relationnelle de l'accompagnement.
C'est dans cette perspective que s'inscrit le CAS en santé mentale et psychiatrie sociale de la HETSL. En croisant les apports de la psychiatrie, des sciences sociales et des savoirs issus de l'expérience, cette formation propose de mieux comprendre les enjeux contemporains de la santé mentale et leurs implications pour les pratiques professionnelles.