Chaque année, dans le cadre des modules d’option en animation socioculturelle, une semaine bloc permet aux futur·e·s animateur·trice·x·s de se plonger dans la réalité d’un terrain.
Cette année, les étudiant·e·x·s ont été invité·e·x·s à se rendre à la Valencienne, un espace extérieur de sociabilité, niché aux abords du parc de Valency, à Lausanne.
Ce lieu, ouvert sur le quartier et fréquenté par une grande diversité d’habitant·e·x·s – constitué·e·x·s ou non en groupes d’intérêt - traverse une période de redéfinition qui soulève de nombreux questionnement et de multiples enjeux.
Durant les deux premiers jours de cette semaine bloc, ces dernier·e·x·s sont allé·e·x·s à la rencontre des personnes qui fréquentent ce lieu. Ces échanges ont donné naissance aux six panneaux qui composent cette exposition. Ils ont pour but de rendre visible, à travers le regard singulier des étudiant·e·x·s, les représentations, les usages et les envies exprimées par un échantillon de la mixité des personnes qui vivent cet espace.
Bien entendu, il ne s’agit que d’un petit éclairage, partiel et subjectif, sur une vie débordante…
« Bienveillance, partage, amour, longue vie à la Valencienne ! »
La Valencienne en tant qu’habituée :
La Valencienne, c’est un lieu multifonctionnel, je pense qu’il peut répondre à beaucoup de besoins. C’est facile de rencontrer différentes personnes, on est en plein air, c’est tranquille, il y a les oiseaux. Le parc de Valency c’est très formel, ici, c’est un esprit de liberté. Je ne sens pas de différence avec les personnes d’un autre âge. On se sent vraiment à l’aise.
Le futur de la Valencienne :
Je souhaite de tout mon cœur qu’on les laisse tranquilles [le collectif] et qu’ils puissent faire ce qu’ils veulent. Qu’il y ait l’accès à la maison librement comme avant, c’est vraiment ce sentiment de liberté, c’est vraiment le souhait, qu’on soit accepté par l’État qui tiendrait compte qu’ici, il y a quelque chose de pacifique.
Un lieu qui remplit ma mémoire :
Mes souvenirs ici, c’est le fait de faire connaissance avec quelqu’un, la liberté, discuter. J’étais venue pour apprendre un texte, au milieu des arbres, c’est ça que j’aime, c’est sauvage, la liberté que j’aime !
Un truc qui manque...
L’accès aux toilettes et que les poules reviennent.
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“J’ai partagé des choses avec [le collectif], heureusement que je les connais. Maintenant, je sais vers qui aller. ”
La Valencienne est un lieu habité par et pour les personnes, dont Madame Lara qui définit ce lieu comme un espace de rencontre, d’échange et de soutien. Elle souligne que la Valencienne est ouverte, accessible financièrement et traversée par différentes personnes : on y rencontre un public de nationalités, âges et de parcours différents.
Pour Madame Lara, la Valencienne est un lieu ressource dans son quotidien où elle trouve de l’entraide et du soutien. Elle y a créé de multiples liens et se sent bien intégrée dans cet espace qui lui donne un sentiment d’appartenance.
Pour le futur, elle envisage plus de solidarité et que cet espace puisse être davantage ouvert à la population. Actuellement, l’accès restreint à l’eau et aux toilettes limite la fréquentation du lieu par les habitué·e·x·s de la Valencienne. Elle pense que cela exclut les personnes à mobilité réduite. En outre, si la Ville fournissait plus de ressources, le collectif pourrait aménager l'espace avec plus d'équipement et de mobilier pour leurs activités. Madame Lara souhaiterait également que la Ville puisse être plus à l’écoute des personnes, de leurs envies et souhaits et que la solidarité puisse prendre toute sa place.
La photo en arrière-plan est un choix de Mme Lara. Elle représente l’armoire de rangement de la Valencienne. L’aménagement et les objets qui s’y trouvent démontrent les activités qui s’y déroulent, mais également les limites du lieu. En effet, il y a peu de place de stockage et peu de vaisselle pour accueillir du monde.
* nom d'emprunt

“ Faites des Valenciennes partout ! ”
Camil, 30 ans, ergothérapeute, a découvert La Valencienne en 2019 en emménageant dans le quartier. Touché par la dynamique du lieu, il a rejoint le comité à la fin de la saison. Aujourd’hui, il travaille à faible pourcentage, ce qui lui permet de s'investir bénévolement pour le lieu, de rencontrer et de créer des liens avec les personnes qui le fréquentent.
La Valencienne est pour lui un espace ouvert, propice aux échanges. Dans ce contexte, il valorise tant les moments de partage que ceux de tensions, car ils favorisent le dialogue et mettent en avant la diversité des publics. Camil participe à des activités comme le jardinage, le ping-pong et les repas populaires du mercredi.
En vivant à côté, Camil découvre le lieu naturellement. Avant, il venait presque chaque jour. Aujourd’hui, il passe au moins une fois par semaine, selon les projets organisés. Il insiste sur la liberté de pouvoir venir quand on veut. De plus, il s'est engagé pour maintenir le système d'autogestion de la Valencienne.
C’est un lieu où Camil a créé des relations fortes. Il y a trouvé une forme de vie collective, avec ses accords et ses conflits. Pour lui, chacun·e·x peut s’exprimer et les désaccords se résolvent ensemble. Il espère que la Ville reconnaîtra l’utilité de la Valencienne.
* nom d'emprunt
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Rêve de revenir à la Valencienne de 2021, avec son four à bois, son poulailler et son cabanon.
“La Valencienne c’est un espace autogéré harmonieux et paradisiaque ”
J’ai découvert ce lieu en 2021 grâce à un ami, depuis ce jour, je le considère comme un petit paradis de nature au milieu de la ville, c’est comme ma deuxième maison. Ici, j’aime jouer à la pétanque avec mes amis, faire des soirées, de la récup et juste créer. J’ai aussi pu notamment rencontrer de nouvelles personnes et améliorer mon français.
Je viens dans ce lieu entre 2 à 4 fois par semaine durant l’été. J’y retrouve des amis et connaissances du quartier. Je me sens toujours le bienvenu.
Ce lieu, je l’aime et il est en danger. J’aimerais beaucoup qu’on nous soutienne, qu’on soutienne la Valencienne pour qu’elle puisse continuer à exister en harmonie.
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“Toujours je suis là, y’a pas un jour où je viens pas”
La Valencienne en un mot : LIBERTÉ !
Ce qui lui fait du bien à la Valencienne :
Ici, c’est un lieu de tranquillité où il n’est pas dérangé dans ses habitudes. C’est un lieu où les gens partagent tout, où il peut échanger avec les autres. Il a appris le français en fréquentant ce lieu.
Une envie pour la Valencienne :
Ils auraient besoin de davantage de tables et de chaises, le mobilier ici, il est vieux, c’est elleux qui l’ont entièrement amené, c’est de la récup. Il aimerait que le cabanon rouvre, car il toujours fermé et il aimerait pouvoir au moins boire un thé, un café... pas besoin d’alcool. Aussi, il souhaiterait plus de moyens financiers pour ne plus avoir à fournir jusqu’au papier de toilette et au savon.
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« La Valencienne restera ! »
« Faire des rencontres ici [à la Valencienne] de personnes qui sont pas forcément du même milieu que le mien ... un cadre privilégié dans un parc ... un endroit de sociabilisation ... »
« Grâce à la Valencienne et la volonté du collectif, ça me permet de tisser des liens »
« J’aimerais bien une Valencienne un petit peu libérée de la volonté de contrôle de la Ville, ça c’est clair. Parce que j’ai l’impression que par le passé, il y a eu pas mal de belles choses qui ont vu le jour de l’initiative des usagers et usagères. Et puis, j’ai l’impression que ça a été quand même pas mal, pas empêché complétement parce que ça continue, mais quand même ça a un peu réduit en intensité... Je souhaite une Valencienne libre, que toutes les personnes puissent se saisir de ce lieu dans toute sa diversité. »
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