L’embauche des pair·es praticiennes et praticiens en santé mentale : tensions et enjeux d’un métier émergent


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Cette année, le prix de Nant récompense un travail de Bachelor réalisé par Manuel Gallardo et Vincent Lauzon, diplômés de la HETSL autour de la pair-aidance en santé mentale. Leur recherche s'intéresse à un métier encore récent en Suisse romande : celui de pair·e praticienne et praticien en santé mentale (PPSM). Dix ans après la création de la première certification romande à l’Unité de formation continue de la HETSL, leur étude met en lumière les défis, mais aussi les leviers favorisant l’intégration de ces professionnel·les au sein des institutions.

Depuis 2013, des pair·es praticiennes et praticiens en santé mentale sont formé·es à l’Unité de formation continue de la HETSL. Cette certification professionnelle est la première formation en Suisse romande dans le domaine de la santé mentale qui valorise une approche issue de la pair-aidance, soit l’entraide entre personnes ayant vécu des expériences similaires. Les PPSM sont des personnes ayant elles-mêmes traversé un parcours en santé mentale et engagées dans un processus de rétablissement. Grâce à leur expérience vécue et à la compréhension de leur propre cheminement, elles accompagnent d’autres personnes confrontées à des difficultés similaires. Leur savoir expérientiel montre qu’il est possible de vivre une vie accomplie et active tout en ayant un vécu psychiatrique. Leur contribution améliore ainsi les chances de rétablissement durable des bénéficiaires des services psychiatriques.

Dans le cadre de leur Travail de Bachelor, Manuel Gallardo et Vincent Lauzon ont souhaité faire un état des lieux de ce métier de pair·es praticiennes et praticiens en santé mentale (PPSM) dans les institutions vaudoises, dix ans après l’introduction de cette certification. Tous deux suivaient une formation en emploi à la HETSL et c’est à travers leur expérience professionnelle dans le champ du travail social qu’ils ont entendu parler du métier de PPSM, sans pour autant les croiser sur leur lieu de travail. Ils ont donc décidé de partir à leur rencontre et de recueillir les témoignages des PPSM ainsi que ceux des professionnel·les de la santé mentale et des instances cantonales, afin d’identifier les facteurs qui freinent ou favorisent leur embauche.

« Notre étude, menée en février 2025, s’appuie sur des entretiens semi-directifs réalisés auprès de PPSM dont certain·es sont actuellement en poste et d’autres en recherche d’emploi. Toutes ces personnes engagées dans un processus de rétablissement ont développé un savoir expérientiel à partir de leur parcours en santé mentale. Nous avons également recueilli les témoignages de professionnel·les ayant collaboré ou collaborant avec des PPSM. » – Manuel Gallardo et Vincent Lauzon, diplômés de la HETSL et lauréats du Prix de Nant

Les  résultats de leur Travail de Bachelor montrent que l’embauche de ces professionnel·les dans les institutions soulève plusieurs défis, notamment en lien avec, les préjugés liés à leur statut, l’absence d’un cadre légal clair encadrant le métier, ainsi que le coût de leur formation. En parallèle, leur étude met en évidence plusieurs facteurs facilitant leur intégration, tels que la connaissance du concept de rétablissement, la reconnaissance du savoir expérientiel et la capacité à travailler dans une dynamique interprofessionnelle. Ces éléments favorisent non seulement leur embauche, mais aussi leur inclusion durable au sein des équipes.

Un travail de Bachelor récompensé

Le prix de Nant a été remis à Manuel Gallardo et Vincent Lauzon le 11 juin dernier. Il récompense un travail de mémoire développant un sujet portant sur la santé mentale en référence aux valeurs humanistes et au travail relationnel. Adrien Utz, infirmier et président du jury du prix de Nant a particulièrement apprécié la réflexion menée sur l’horizontalité dans la relation clinique. Selon lui, cette recherche montre que la présence des pair·es praticiennes et praticiens contribue à une prise de décision plus partagée et plus démocratique, renforçant ainsi l’inclusion des personnes concernées, en psychiatrie comme plus largement dans les institutions de santé.