Les relations sexualisées au travail ont peu été étudiées hormis sous l’angle du harcèlement sexuel. Partant de ce constat, cet article propose un état des lieux des connaissances juridiques, organisationnelles/managériales et sociologiques sur les relations sexualisées dites « consenties », rassemblant les rares études rédigées en français et une littérature scientifique plus abondante en anglais. Il met en lumière les enjeux clés dans ces trois domaines disciplinaires, ainsi que les terminologies utilisées pour définir et analyser ces relations. S’appuyant sur le concept de continuum des relations sexualisées au travail, l’article identifie certaines questions sous-explorées par la sociologie du travail et les études de genre. Il montre que le concept de continuum permet non seulement une déconstruction critique des catégories binaires opposant le consentement au harcèlement, mais, plus fondamentalement, il renouvelle le cadre analytique en conceptualisant les relations sexualisées sur le lieu de travail comme un phénomène structurel, façonné par les organisations et les conditions de travail, ainsi que par les normes et les relations de pouvoir qui régissent les environnements professionnels. En conclusion, ce concept fait de la régulation des relations sexualisées au travail un véritable objet de recherche : dans un contexte post-#MeToo, il encourage à se demander non seulement qui est protégé·e par les mécanismes de régulation, mais aussi si ces mécanismes reproduisent ou reconfigurent les relations de pouvoir mêmes qu’ils prétendent traiter.