Ce rapport, issu d’une étude mandatée par le Secrétariat d’État à l’économie (Seco), examine la diffusion des nouvelles technologies sur le marché du travail, leurs effets sur la santé et la sécurité au travail, ainsi que les bonnes pratiques en matière de gestion des nouvelles technologies. L’étude repose sur une scoping review de la littérature scientifique et grise, orientée par des entretiens d’experts issus du monde économique et de la médecine du travail en Suisse. Le corpus couvre les publications parues entre 2000 et 2025, période correspondant à l’essor et à la diversification des technologies numériques et automatisées dans les organisations, ainsi qu’au développement d’une littérature spécialisée sur leurs effets.
L’analyse met en évidence une pluralité d’outils technologiques déployés dans différents
secteurs économiques, notamment la robotique, les exosquelettes, les capteurs portables, les
technologies de l’information et de la communication, l’intelligence artificielle et d’autres
dispositifs connectés. Ces technologies se diffusent de manière différenciée selon les secteurs
: l’industrie demeure un foyer majeur d’innovation, notamment avec les robots industriels et
les systèmes cyberphysiques de l’« industrie 4.0 », tandis que l’administration, la construction,
la santé et les services connaissent une hybridation croissante entre robotique, dispositifs
numériques et outils de gestion algorithmique. Leur adoption de la part des employeurs répond
à plusieurs logiques : amélioration de la productivité et de la compétitivité, réponse aux
pénuries de main-d’œuvre ainsi que volonté de prévenir certains risques professionnels.
La littérature souligne un effet ambivalent des nouvelles technologies sur la santé et la sécurité au travail. Elles peuvent contribuer à réduire certaines contraintes physiques et à renforcer la prévention des risques professionnels, notamment grâce à des dispositifs d’assistance
physique (robots collaboratifs, exosquelettes) et à des outils de mesure et d’analyse des
données permettant une gestion plus proactive et prédictive de la santé au travail. De même,
elles peuvent alléger la charge cognitive et favoriser une plus grande autonomie, par exemple
à travers l’automatisation de tâches administratives. Toutefois, ces transformations
s’accompagnent aussi de risques émergents : intensification du travail liée à la numérisation
des processus, techno-surcharge informationnelle, renforcement du contrôle managérial par
les données et les algorithmes, ou encore émergence de nouvelles contraintes physiques et
cognitives et perte de sens du travail pour le personnel.
L’analyse met enfin en évidence la pluralité des cadres de régulation et des pratiques organisationnelles qui encadrent le déploiement de ces technologies. Au niveau institutionnel, des normes techniques, des réglementations en matière de santé et sécurité au travail ou de
protection des données contribuent à encadrer les interactions entre humains et machines. Au
niveau interorganisationnel, des standards industriels et des initiatives sectorielles structurent
les conditions d’adoption et d’usage des technologies. Au niveau organisationnel enfin, les
entreprises développent des dispositifs internes de gouvernance technologique visant à
intégrer ces outils dans les systèmes de gestion de la santé et de la sécurité au travail, tandis
que le personnel peut inscrire les nouvelles technologies dans l’exécution du travail réel
conformément à des pratiques professionnelles bien établies.
Ces résultats soulignent ainsi le caractère ambivalent des transformations technologiques du
travail et l’importance de cadres réglementaires et de bonnes pratiques permettant d’orienter
l’innovation vers l’amélioration de la santé et la sécurité en entreprise.