Evénement

Des évaluations utiles à toutes et tous


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L’évaluation est une activité qui fait l’objet de nombreux clichés et dont l’utilité est parfois mise en question. A quoi sert l’évaluation de projets et de politiques publiques ? Quelles sont les différentes approches évaluatives envisageables ? Et surtout comment faire pour que les processus d’évaluation contribuent à des changements positifs ? Ces questions étaient au cœur de la conférence biennale de l’évaluation en Suisse romande qui marquait les 10 ans du groupe romand d’évaluation (GREVAL).

Une septantaine de participant·es issu·es de multiples horizons – professionnel·les de l’évaluation, parties prenantes d’évaluations et personnes désireuses d’approfondir leurs connaissances – se sont réuni·es à la HETSL le 5 novembre dernier pour échanger autour de ces enjeux et amener des éléments de réponse à ces questions. La plupart des interventions ont été réalisées en binôme, dans une démarche dialogique et innovante.

Comprendre les bases de l’évaluation

Eric Moachon (HETSL) et Caroline Jacot Descombes (Santé Sexuelle Suisse), membres du comité du GREVAL, ont débuté la matinée en posant les bases d’une définition inclusive de l’évaluation et en déconstruisant les clichés les plus fréquemment associés à l’évaluation : trop scientifique, trop éloignée du terrain, trop contrôlante et insuffisamment objective. L’évaluation est une démarche méthodique qui vise à répondre à des questions que se posent les parties prenantes des interventions évaluées, en vue de formuler une appréciation fondée sur les éléments recueillis. Pour cela diverses approches sont possibles (expérimentale, axée sur les résultats, participative, etc.). L’évaluation est aussi un état d’esprit orienté vers les conséquences, réflexif et cherchant à comprendre les autres.

La suite de la matinée a été consacrée à des ateliers d’expérimentation de la démarche évaluative qui ont permis, sur la base d’un cas pratique, de comprendre comment analyser une intervention en construisant un modèle d’impact sur la base duquel il est ensuite possible de formuler des questions d’évaluation appelés à guider la démarche.

L’utilité ne se décrète pas, elle se construit

L’après-midi a été consacré à décortiquer des exemples d’évaluations réalisées dans différents domaines en Suisse romande (accès à la pratique artistique, insertion, addictions et prestations sociales) pour comprendre les ressorts de leur utilité. Il ressort notamment de ces échanges de pratiques que l’utilité d’une évaluation est renforcée lorsque les parties prenantes partagent une vision constructive et réflexive du processus (état d’esprit qui doit être entretenu régulièrement), lorsque la démarche est participative (à toutes les étapes), lorsque la démarche est transparente et compréhensible par toutes et tous et, surtout, lorsque la ressource temporelle est prise au sérieux. En effet, l’utilité nécessite un investissement temporel accru. Si ce temps n’est pas pris lors de l’évaluation, il devra l’être ensuite pour réellement parvenir à des améliorations utiles. Finalement, les projets pilotes constituent un terrain particulièrement propice pour deux raisons. D’une part, le droit à l’erreur y est davantage reconnu que dans une politique publique établie. D’autre part, l’évaluation constitue souvent une étape attendue dans le processus de décision concernant ces projets.

La journée s’est conclue par un dialogue autour de l’utilité entre Corinne Hooge (Métropole de Lyon) et Karine Sage (Quadrant Conseil) qui ont collaboré à plusieurs reprises dans des démarches d’évaluation. Après avoir donné quelques exemples d’évaluation peu utiles, elles nous ont rappelé qu’il existe autant de façon d’être utile que d’évaluations. L’utilité est loin de se limiter à la mise en œuvre des recommandations. En outre, les standards de qualité des évaluations traditionnellement articulés autour de la bonne facture scientifique devraient donner une place accrue aux éléments de processus et de communication. Elles ont encore mis en avant l’importance de la sagesse pratique (les bons choix au bon moment pour les bonnes raisons) et insisté sur le fait qu’une évaluation utile ne peut se passer de coopérations.

Les échanges se sont poursuivis autour d’un apéritif dinatoire fort apprécié et ont, sans nul doute, permis de renforcer l’utilité d’une telle journée.