La conférence de la sociologue Solène Froidevaux (IDHEAP, UNIL) a dressé un état des lieux de la place des jeunes filles et des femmes dans le sport. En effet, malgré une participation en hausse, des inégalités persistent : les trajectoires sportives restent fortement genrées, celles des femmes étant davantage marquées par des ruptures, notamment à l’adolescence.
Ces inégalités s’expliquent, entre autres, par une socialisation historiquement genrée, qui continue de façonner les représentations et les pratiques. Les jeunes femmes sont moins encouragées à pratiquer du sport, se sentent souvent moins légitimes et font face à des normes corporelles ainsi qu’à des environnements qui freinent leur participation. Les espaces de pratique sportive, en effet, ne sont pas neutres du point de vue de l’accessibilité : ils sont traversés par des mécanismes d’exclusion, tant dans leur conception que dans leur utilisation.
Face à ces constats, Solène Froidevaux a rappelé le rôle de politiques publiques volontaristes dans l’encouragement à la participation des jeunes femmes dans le sport. Elle a ouvert le débat sur le rôle des professionnel·les et plusieurs pistes d’action ont été discutées avec le public. La sociologue a notamment souligné l’importance de repenser l’aménagement des infrastructures afin de diversifier les usages, réduire les barrières d’accès et améliorer la signalétique. Mais transformer les espaces ne suffit pas : il faut agir aussi sur les cadres, les normes et les pratiques professionnelles. Le rôle des professionnel·les est central et implique une attention aux biais, au langage, aux dynamiques de groupe ainsi qu’une tolérance zéro face aux discriminations.
L’importance d’un encadrement inclusif, ainsi que de la co-construction avec les personnes concernées, a également été au cœur du forum qui a suivi la conférence. Les organisations présentes y ont partagé des leviers concrets pour favoriser l’accès des filles et de personnes s’identifiant au genre féminin aux pratiques sportives.
Les travaux de l’association Via Mulieris rappellent que les rapports différenciés des femmes au sport s’inscrivent dans des trajectoires historiques et sociales plus larges. D’autres interventions ont mis en lumière ensuite le rôle des cadres institutionnels et des dispositifs d’encadrement dans la transformation des pratiques.
La Fondation IdéeSport a, par exemple, présenté ses formations à destination des monitrices et moniteurs, en insistant sur le développement des compétences des encadrant·es, notamment sur les questions de genre, ainsi que sur la visibilité de modèles féminins dans le sport, à travers le projet « Sportives d’exception ».
Plusieurs initiatives présentées montrent également l’importance de dispositifs ciblés permettant la création d’espaces dédiés. Le projet « Joue-la sportive sans tabou », porté par le Service Culture, Intégration & Loisir (CIL) de Collombey-Muraz, et les journées « FreeSport » de l’Association Jeunesse Aiglonne (AJA) s’inscrivent dans cette logique en encourageant explicitement la participation des publics concernés.
C’est ce type de projet que l’Association faîtière suisse pour l’animation socioculturelle enfance et jeunesse (AFAJ) souhaite valoriser à travers son programme spécial Kebab+ « She moves », qui propose un financement et un accompagnement à des initiatives soutenant la participation des personnes de genre féminin aux activités sportives.
En guise de conclusion, cette rencontre met en évidence un double enjeu : reconnaître les inégalités structurelles qui traversent les pratiques sportives et développer des réponses concrètes pour faire des espaces collectifs des véritables lieux d’inclusion.
