Thématique générale

La littérature en travail social est aujourd’hui riche de travaux qui tentent tous, à leur manière, de lister, de préciser ou de questionner les théories, les modèles, les pratiques ou les méthodologies à mobiliser en travail social (De Jonckeere, 2010 ; Thole, 2012 ; Lambers, 2023 ; Payne, 2024 ; De Robertis, 2018 ; Stimmer, 2020 ; Spatschek & Kreft, 2023 ; Galuske, 2023 ; Keller, 2026).

Cette capacité à dire les théories et les méthodes du travail social, ou la possibilité de dire l’action méthodologique propre au travail social dans une perspective généraliste, a participé et participe encore de la construction du travail social comme discipline et comme profession (Lorenz, 2008 ; Dominelli, 2009). Dans le contexte suisse, et comme objet de recherche, elle se situe également au cœur du projet scientifique du travail social (par exemple Sommerfeld, 2019 ; Colombo, 2024 ; Repetti, 2025). 
 

Tout en s’inscrivant dans cette perspective générale, cette édition du Congrès de la Société suisse de travail social se propose d’être l’occasion de réfléchir à la manière dont sont mobilisées, par les professionnel·les, ces théories, méthodes ou « techniques » dans le cadre de leurs activités, mais aussi à l’évolution de ces usages et aux innovations.  Est-ce lié à des spécificités des publics ? À des injonctions institutionnelles ? Aux évolutions des formations ? Aux transformations du contexte social ou sociétal ? À l’intégration de résultats de recherche ? À des histoires institutionnelles ? À des rapports/collaborations renouvelés avec les publics ? Comment sont pensées « l’efficacité » ou la « pertinence » des approches dans les différents champs du travail social ? Est-ce que ce qui fait aujourd’hui l’unité du travail social est similaire à ce qui en faisait l’unité il y a 30 ans ?

Ce Congrès veut ainsi questionner les méthodes et approches qui se pratiquent et s’enseignent aujourd’hui dans le champ du travail social. Quelles sont les techniques appliquées ou approches défendues et selon quels modèles se construisent les interventions ? Comment se détermine le choix de telle ou telle méthode ? Quels sont les ouvrages ou auteur·ices qui fondent l’intervention sociale dans les différents champs du travail social ? Plus encore, si Malcolm Payne – largement suivis par d’autres auteur·ices – a distingué 3 types de théories qui se conjuguent dans le travail social, à savoir 1) « sur les objectifs du travail social », 2) « sur la manière de faire le travail social », et 3) « sur les publics du travail social », quelle est l’articulation entre ces types de théories ?
La littérature sur les méthodes est, de fait, très peu loquace sur l’articulation de méthodes spécifiques avec différents publics. Dans le travail auprès des migrant·e·s, des personnes âgées, des personnes en probation, dans le domaine de la protection de l'enfance et dans le travail auprès des personnes en situation de handicap ou avec des personnes qui peuvent ou non s’exprimer ce ne sont sans aucun doute pas les mêmes théories ou méthodes qui sont privilégiée. Avec ce questionnement sur la spécificité des méthodes selon les publics, ce Congrès veut interroger la possibilité de modèles méthodologiques propres au travail social et indépendant des contextes institutionnels dans lesquels il s'exerce, et au-delà d’une romantisation d'un travail social qui reposerait essentiellement sur la qualité d'une relation interpersonnelle d'aide forte. Comment penser ensemble, dans l’intervention les méthodes, les spécificités des publics mais aussi les contextes institutionnels ? Et comment rendre compte dans la professionnalité du travail social de dimensions de l’ordre de l’ordinaire, faites de rencontre, de spontanéité, de cordialité, mais aussi de créativité ?

Au-delà de la définition internationale du travail social qui donne peu de prise pour dire ce qu’il est sensé se passer quand prend place du travail social, ce Congrès veut donc être l’occasion de réfléchir aux méthodes d’intervention mises en œuvre aujourd’hui dans les différents champs du travail social.
 

Axes de communication de l'appel général

Pour ce faire, quatre axes pourront être développés :

État social et institutions : 

Le travail social s’inscrit dans des politiques publiques, des cadres légaux, et se pratique le plus souvent dans différents types de structures aux mandats spécifiques. Cet axe veut questionner ce que les transformations de l’État social, comme les nouveaux modes de gestion publique, font au travail social, c’est-à-dire comment ils contraignent la possibilité de mobiliser des approches ou de méthodes : comment les transformations de l’État social, des politiques publiques, ou le contexte social transforment-ils la possibilité de mettre en œuvre telle ou telle méthode d’intervention ? De la même manière, comment les contextes institutionnels ou organisationnels (le fait que le travail social soit produit dans des administrations publiques, des organisations privées sans but lucratif ou privées avec but lucratif) influencent le type de travail social qui peut être mise en œuvre ? Plus largement, et si l’on s’intéresse à la mise en œuvre des politiques sociales : comment sont déterminés, par qui, comment, sur quels critères, les moyens/méthodes de la mise en œuvre. Si les autorités politiques fixent le plus souvent des objectifs (niveau stratégique) et s’inscrivent ou disent une vision du monde sur le rôle du travail social, de quelles marges de manœuvre bénéficient les professionnel·les du travail social dans les choix des méthodes concrètes à mettre en œuvre ? Est-ce que les contextes actuels appellent de nouvelles approches ou méthodes ?

Les publics du travail social, ses évolutions et sa participation

Cet axe questionne l’articulation entre méthodologies et publics spécifiques, mais également les évolutions/innovations méthodologiques en lien avec la transformation ou la participation renouvelée des publics. Si les migrant·es, les personnes âgées, les enfants dans le domaine de la protection de l’enfance ne sont plus accompagné·es de la même manière qu’il y a 20 ans, que dire de ces évolutions, de leurs ressorts, de leurs effets ? Dans une perspective historique assiste-t-on à une convergence ou à une divergence des méthodes pratiquées dans les différents champs d’intervention 

Formation en travail social et professionnalisation

Cet axe porte sur la diversité de l’enseignement aujourd’hui proposé dans les hautes écoles de travail social, diversité dont on peut faire l’hypothèse qu’elle renvoie tan à des ancrages disciplinaires variés, à des manières de lire la réalité sociale, de construire les problématiques sociales qu’à la définition privilégiée de la mission du travail social. Compte tenu de la grande diversité des théories relatives à la pratique du travail social, de quels outils les étudiant·es et les praticien·nes bénéficient-ils pour décider de quelles théories ils·elles vont utiliser dans leur pratique ? Comment des associations professionnelles ou d’autres acteurs participent au développement ou à la mise en avant de nouvelles méthodologies ? Comment la question de l’interprofessionnalité vient enrichir / complexifier la formation des travailleur·euses sociales ? Et quelles places donner à l’importance des contextes ou des situations, ainsi qu’aux dimensions relationnelles et singulières dans l’intervention ? Comment penser la place des méthodes sans penser simultanément les manières d’agir du·de la travailleur·se social·e sans écarter des dimensions plus intuitives, corporelles, émotionnelles, faites aussi de spontanéité, de contact, de créativité ?

Recherche en travail social

Un dernier axe porte plus spécifiquement sur la recherche en travail social. En quoi la recherche peut alimenter les théories et les méthodes d'intervention et en quoi participe-t-elle à la professionnalisation du travail social ? Mais aussi comment la pratique permet-elle également d‘enrichir les méthodes et théories ? De quelle manière les avancées dans le domaine de la recherche sont-elles transposées et transposables sur les terrains du travail social ? Qui sont les acteur·ices de ce dialogue et quel rôle peuvent jouer les étudiant·es en travail social ?  Cet axe peut aussi ouvrir des questionnements sur la recherche d’evidence-based practices en travail social, et les limites d’un tel projet. De manière plus large, cet axe doit être l’occasion de réfléchir à la place et au type de recherche proposés dans les cursus en hautes écoles de travail social.
 

Axes de communication des commissions spécialisées

Quelles théories du travail social pour (de)construire l'identité professionnelle ?

Aujourd’hui en Suisse, le travail social est reconnu comme une profession et une discipline académique (De Jonckheere, 2013 ; Grand, 2021 ; Libois & Bolzman, 2014 ; Rul-lac, 2012 ; Sommerfeld, 2010). La reconnaissance de cette discipline est attestée notamment par la formation de niveau tertiaire en travail social, la Conférence suisse des Hautes écoles spécialisées en travail social (SASSA), qui veille à une certaine cohérence de la formation, ainsi que la Société suisse de travail social, membre de l’Académie suisse des sciences humaines. Toutefois, il suffit de jeter un coup d’œil aux programmes de formation offerts par les différentes Hautes écoles de travail social de Suisse pour constater qu’il existe une grande hétérogénéité dans les théories mobilisées pour former les travailleurs et travailleuses sociales (Borrmann, 2016 ; Keller, 2019 ; Staub-Bernasconi, 2010 ; Tabin, 2013). 

Cet appel vise à réunir des propositions de communications portant sur les théories du travail social actuellement enseignées et mobilisées en Suisse. L’objectif est de saisir l’occasion de ce congrès pour amorcer un état des lieux des théories enseignées en travail social, mobilisées dans la recherche et dans la pratique pour mieux les comprendre et mieux s’en servir afin de dialoguer et construire un discours commun permettant de renforcer le champ disciplinaire du travail social en Suisse. 

Panel «Société et travail social»

La commission spécialisée « Société et travail social » traite des questions et des problématiques relatives à la relation entre la société et le travail social. L’évolution des structures et des processus du travail social fournit des indications sur l’état de la société dans son ensemble. Parallèlement, les conditions sociales influencent l’organisation des institutions, des conditions et des actions du travail social, ainsi que l’élaboration des théories et des méthodes. La commission spécialisée se concentre sur le rôle social du travail social et se penche sur la question de la définition de son champ d’action. Cela comprend notamment l’analyse de cas concrets, de domaines professionnels, de processus et de situations problématiques, ainsi que des tensions, des conflits et des contradictions.

Ce panel aura pour objectif d'examiner dans quelles conditions sociales le recours à des méthodes et à des approches revêt une importance particulière. Que signifie ce recours à des méthodes et à des approches professionnelles dans une société de plus en plus marquée par des ruptures en matière d'intégration sociale ? Ne serait-il pas plus logique de se pencher sur la question normative de la cohésion sociale ? Dans quelle mesure le recours à la profession et à ses méthodes empêche-t-il la société de mener une réflexion sur elle-même ?
 

Soumettre une proposition de communication

Ce Congrès de la Société suisse de travail social a pour ambition de favoriser les échanges au niveau national mais aussi international autour de la question des méthodes et théories du travail social.
Les Commissions spécialisées de la SGSA/SSTS sont invitées à proposer des panels devant être l’occasion de problématiser l’articulation entre leurs domaines d’expertises et cette question des méthodes et des théories d’interventions.

Le ou la chercheur·euse et/ou professionnel·le intéressé·e à soumettre une contribution à ce Congrès peut déposer sa contribution soit dans le cadre de l’appel général, soit dans le cadre des appels thématiques des commissions spécialisées. Il convient simplement de préciser, au moment du dépôt, l’axe de communication spécifique à l’appel général, ou l’appel thématique de la commission spécialisée dans lequel la proposition de contribution s’inscrit.

Un maximum de deux propositions de communication par participant·e est accepté. En cas de non-acceptation d’une contribution par une commission spécialisée, la proposition de communication sera reversée dans l’ensemble des propositions pour l’appel général et sera alors évaluée par le comité d’organisation. Les propositions de contribution peuvent être rédigées en allemand, français, italien ou anglais. Elles doivent comprendre un maximum de 3’000 signes (espaces compris). Elles doivent être soumises via la plateforme Conftool jusqu'au 31.01.2027.

L’absence d’appel à l’organisation de panel (hors commissions spécialisées) ne doit pas empêcher un groupe organisé d’en proposer un, pourvu qu’il intègre des chercheur·euses et/ou professionnel·les d’au moins deux régions linguistiques, et que le lien avec la thématique du colloque soit explicite. Ce type de proposition doit être adressé directement aux organisateur·ices par email à ssts2027@hetsl.ch, également pour le 31 janvier 2027 au plus tard.

Bibliographie

  • Colombo, A. (2024). « Le travail social, une discipline académique ? Une contribution au débat à partir de la littérature francophone », Revue suisse de travail social, 32, pp. 5-26.
  • De Jonckheere, C. (2010). 83 mots pour penser l’intervention en travail social, Genève : ies.
  • De Robertis, C. (2018). Méthodologie de l’intervention en travail social (nouvelle édition), Rennes : Presses de l’EHESP.
  • Dominelli, L. (2009). Introducing Social WorkI. Cambridge : Polity
  • Galuske, M. (2013). Methoden der Sozialen Arbeit: Eine Einführung (10. Aufl.). Weinheim: Beltz Juventa.
  • Keller, V. (2026). Manuel critique du travail social. HETSL & Ies
  • Lambers, H. (2023). Theorien der Sozialen Arbeit. Ein Kompendium und Vergleich (6. Überarbeitet Aufl.).   Opladen: Barbara Budrich.
  • Lorenz, W. (2008). « Towards a European Model of Social Work », Australian Social Work, 61:1, pp. 7-24.
  • Payne, M. (2024). Modern Social Work Theory (5. Ed.). Oxford: Oxford University Press.
  • Repetti, M. (2025). « Doctoral programs can improve social work in Switzerland ». Social Work Education, pp.1–16.
  • Sommerfeld, P. (2019). Integration und Lebensführung - Theorie gesundheitsbezogener Sozialer Arbeit. In S. Dettmers & J. Bischkopf (eds.), Handbuch gesundheitsbezogene Soziale Arbeit (pp. 28–38).
  • Stimmer, F. (2020). Grundlagen des Methodischen Handelns in der Sozialen Arbeit (4. Aufl.). Stuttgart: Kohlhammer.
  • Spatschek, C & Kreft, D. (Hrsg.). (2023). Methodenlehre in der Sozialen Arbeit. Konzepte, Methoden, Verfahren, Techniken (4., neu bearbeitete und erweiterte Aufl.). Stuttgart: utb.
  • Thole, W. (Hrsg.). (2012). Grundriss Soziale Arbeit: Ein einführendes Handbuch (4. Aufl.). Wiesbaden: VS Verlag für Sozialwissenschaften.