Visioconférence

La société morale: enjeux normatifs dans les sociétés contemporaines

Dates de l'événement 12 juillet 2021 au 15 juillet 2021
Heures de l'événement 14:00 - 18:00

Lieu Visioconférence

Les inscriptions sont closes

L’émergence d’un acteur moral jugeant en permanence l’état du monde qui s’offre à lui en spectacle est sans doute un fait historique remarquable et inédit. Elle met en scène un individu s’émouvant de la misère des femmes et des hommes, s’indignant de tant de formes d’injustices, d’inégalités, de discriminations et de souffrances humaines.

Des conditions ont été nécessaires pour l’avènement d’une telle configuration morale : la généralisation de l’accès à une information globalisée quasi immédiate, la montée en puissance des subjectivités individuelles, mais encore l’exacerbation des inégalités et des injustices percutant un imaginaire moderne marqué par l’affirmation démocratique de l’égale dignité des êtres humains. Si les clivages moraux et les dilemmes qui les accompagnent avec, à l’arrière-plan, des définitions incompatibles du bien et du mal, de la vie bonne et juste ne sont pas nouveaux, leur acuité n’a jamais été aussi grande et aussi fortement ressentie par des individus constamment exposés à des situations de contradiction performative, « acculés » à profiter des iniquités et des injustices qu’ils dénoncent.

Les développements de la science et de son ethos spécifique, imprégné d’esprit critique et d’exigence de maîtrise du monde, ne font qu’accentuer la réflexivité morale des sujets. Ceux-ci se retrouvent face à des arbitrages et des questionnements moraux jusque-là inédits : quelle limite faut-il mettre aux capacités de prévision, d’anticipation et de maîtrise que fournissent les techniques scientifiques et médicales ? Jusqu’où doivent aller les méthodes de procréation médicalement assistée et les performances du clonage ? L’affirmation de la souveraineté sur son propre corps autorise-t-elle tout ? La vie est-elle un bien précieux à préserver par tous les moyens et en toutes circonstances ? Et, au-delà, les fins ultimes que les femmes et les hommes doivent se donner sont-elles connues ou à inventer ?

L’idée que la science, comme moyen de maîtrise du monde, échappe à son tour aux humains, fait de plus en plus son chemin à travers la critique du post-humanisme et des craintes relatives au développement de l’intelligence artificielle. Les flottements et les limites de la raison scientifique ne sont pas en reste. La pandémie de Covid-19, motif du report du congrès à l’été 2021, montre les difficultés de la science à prendre en charge, compte tenu de ses logiques de fonctionnement et de son langage propre, les questions des humains lorsqu’ils sont exposés à des situations extrêmes de survie. En situation de crise sanitaire, les arbitrages politiques (confinement versus immunité collective) ainsi que les choix pratiques des professionnels de la santé impliquent une part de pouvoir de vie et de mort sur les individus et les collectivités, difficile à assumer d’un point de vue moral.

Aussi importe-t-il de savoir ce que tout cela fait à la sociologie et de se demander si la posture analytique des sociologues se distingue bien aujourd’hui de celle de leurs aînés. Comptable des impératifs d’une réflexivité plus exigeante, la sociologie doit désormais faire face à une série d’enjeux liés à l’exploration de la dimension morale de la vie sociale, dont certains reconfigurent les contours de vieux débats sociologiques, comme celui qui oppose universalisme et relativisme. L’un de ces enjeux est la reconnaissance du rôle des « économies morales » comme aiguillon des frustrations et des sentiments d’injustice et comme idiome de formulation des revendications politiques en termes de droits, voire comme des lieux où s’opère une définition alternative des droits eux-mêmes. Mais l’enjeu le plus important réside, sans doute, dans la délimitation de la morale et de ses frontières, avec le politique, le juridique, l’économique ou le religieux, étant donné que ces frontières elles-mêmes font l’objet de conflits et de déplacements continuels. En dehors d’un minima flou, les individus et les collectifs sont rarement d’accord sur l’ensemble de ce qui serait du ressort de la morale, c’est-à-dire de ce « fondamental » de l’action et de l’intention qui transcenderait les transactions et les compromis. La prostitution est-elle, par exemple, assimilable à une simple prestation de service relevant prosaïquement du contrat économique ou à une forme d’exploitation inacceptable, mettant dans la circulation marchande ce qui n’a pas de prix ? Faut-il légiférer, et à quel point, sur des questions qui concernent la sexualité et le plaisir ou laisser cela à la conscience morale et au libre arbitre des individus, question qui nous invite à réfléchir sur la nécessité et les limites du droit à s’emparer de ce qui semble relever de la morale ? L’éthicisation de certains éléments du champ politique autour de principes comme la transparence, la probité et la parole donnée, d’un côté, et le désinvestissement éthique, d’un autre côté, de thèmes pouvant être considérés comme fondamentalement moraux, tels que l’avortement, sont symptomatiques de ce problème de frontière.

Située a priori en dehors du champ de compétence de la sociologie, la distinction entre moral et immoral n’en représente pas moins un enjeu avec lequel les sociologues doivent compter. Comment peut-il en être autrement, alors qu’ils doivent faire avec les ressources linguistiques et les sémantiques de cultures particulières à leur disposition ? Comment éviter cet écueil lorsqu’il s’agit de rendre compte de violences commises au nom du rétablissement d’une justice bafouée et quand ce qui pourrait apparaître comme « immoral » au nom de certaines valeurs, largement admises, est revendiqué comme légitime voire nécessaire par une morale qui se veut alternative, justifiant parfois certaines radicalités ? Dans les contextes multiculturels et, au-delà, dans des sociétés de plus en plus sujettes à un pluralisme moral profond, comment échapper à la question de l’universel et du relatif, pour asseoir la possibilité d’un accord éthique ? À quel point peut-on admettre – au nom du pluralisme – que tout peut être justifié si l’on tient compte de la diversité des points de vue et de l’enkystement des valeurs dans diverses cultures et sous-cultures fondées sur des conceptions différentes du bien et de l’accomplissement humain ? N’y aurait-il pas moyen de saisir un niveau de rationalité et de croyance axiologique, voire une sorte d’axiomatique unique et générale, susceptible d’être portée par tout acteur moral capable de réflexivité, d’empathie et de montée en généralité, de sorte à rendre possible l’instauration d’un contrat social acceptable par tout le monde ?

Un tel enjeu est d’autant plus important que la sociologie ne se contente plus de « dévoiler » les structures objectives de domination et de reproduction des inégalités en affichant une posture de détachement moral. Plus que jamais, la critique sociologique assume ses partis-pris normatifs. Le retour, sous l’influence de la philosophie morale et politique, du thème de l’injustice aux côtés de celui des inégalités est emblématique de ce revirement normatif de la sociologie. La situation épidémique que traverse l’ensemble de la planète depuis la fin l’année 2019 semble montrer, de la manière la plus dramatique, l’injustice de l’inégalité des citoyens, des territoires, des régions et des pays devant la maladie et la mort. Certains y verraient une défaite morale des sociétés modernes et la fin du modèle du capitalisme tardif.

Programme

Le congrès est organisé à distance

Programme du CR34 - Intervention et politiques sociales
Intervention et politiques sociales face à la « société morale »

Correspondante pour le Congrès : Maryse BRESSON - mbresson@nordnet.fr

Détail des sessions

 

Programme du CR24 - Petites sociétés et construction du savoir
Le rapport à la question morale : enjeux contemporains, défis sociologiques ?

Correspondante pour le Congrès : Svetla KOLEVA - svetlakoleva2002@yahoo.com

Détail des sessions


Contact

Correspondante pour le programme du CR34 :
Maryse BRESSON
mbresson@nordnet.fr

Correspondante pour le programme du CR24 :
Svetla KOLEVA
svetlakoleva2002@yahoo.com